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10-09-2007
Zoom sur la presse Turque. USA /Turquie.


Congrès américain : la presse turque défaitiste. Le revirement des organisations juives américaines sur la question du génocide arménien et le soutien de plus en plus conséquent des Représentants américains à la résolution arménienne inquiètent de plus en plus les chroniqueurs de la presse turque. Dans un article intitulé « Pourquoi les Turcs des Etats-Unis sont-ils en train de perdre la bataille ? », paru dans le Turkish Daily News du 3 septembre, Vural Cengiz, président de l’Institut américano-azerbaïdjanais et ancien président de l’Assemblée des Associations turco-américaines, admet que le revirement de l’Anti-Defamation League et de l’American Jewish Committee constituent « un grand pas vers la défaite dans la bataille politique engagée à Washington ».
Volontiers critique, Vural Cengiz reproche aux Turcs des Etats-Unis de ne pas s’être battus « aussi bien qu’ils avaient l’habitude de le faire ». « De nombreux membres de la communauté des ONG sont en Turquie pour les vacances d’été, et ils apprendront bientôt que ce n’est pas une bataille à temps partiel », ironise Vural Cengiz.
« D’autre part, ajoute-t-il, la plupart des universitaires turcs ne craignent pas les incidences de l’adoption d’une résolution par le Congrès américain, comme nous l’avons constaté lors du symposium sur le conflit turco-arménien qui s’est tenu en mai dernier à Ankara. C’est très courageux et peut-être l’attitude la plus logique. Le gouvernement et le peuple turcs seront en mesure de formuler de nouvelles politiques dans leurs relations avec l’Arménie, l’Europe et les Etats-Unis. »
« Pour les Etats-Unis, c’est une autre histoire. Quand les liens solides entre les Etats-Unis, la Turquie et Israël seront détruits, les conséquences ne seront pas faciles à assumer pour l’administration américaine qui sera alors en place. Perdre la Turquie pour un conflit vieux de 92 ans (…) va nuire aux intérêts américains en Irak et au-delà. Les Etats-Unis ne pourront plus trouver un allié aussi fiable dans les Balkans, le Moyen-Orient, le Caucase et l’Asie centrale. »
« Quant aux Turcs, ils ne vont pas changer du jour au lendemain leurs croyances sur l’histoire parce que le Congrès américain l’aurait souhaité. Au contraire, davantage de gens seront gagnés par une certaine agressivité vis-à-vis des Etats-Unis. »
Et Vural Cengiz se laisse aller à une certaine surenchère, en échafaudant des hypothèses pour le moins discutables, lesquelles traduisent sans doute un sentiment d’impuissance. « La petite et faible République d’Arménie va souffrir de tous ces développements politiques. Elle pourrait même se retrouver plongée dans une guerre avec l’Azerbaïdjan, dès lors que les relations turco-russes et turco-iraniennes auront progressé après le jour “G” (comprenez “G” comme “génocide”), soit le jour où les Arméniens des Etats-Unis réussiront pour la première fois dans leur histoire à faire passer une résolution sur le génocide au Congrès américain. »
Et Vural Cengiz, du coup, voit l’avenir d’un œil assez pessimiste pour les Turcs des Etats-Unis. « D’abord, dit-il, tous les efforts déployés afin de ramener les relations turco-américaines à leur niveau de “l’époque dorée” seront voués à l’échec. Plus de coopération et de pourparlers d’alliance ! Ensuite, les Arméniens des Etats-Unis deviendront plus agressifs dans les écoles et les campus d’universités, comme cela s’est produit lors des dernières élections après la victoire des Démocrates. Et enfin, les relations d’affaires turco-américaines en seront affectées, de même que le cours des affaires des Turcs des Etats-Unis. »
Vural Cengiz se dit « réellement perplexe » : « Comment le peuple américain et ses représentants pourraient-ils risquer de perdre totalement la guerre en Irak, sacrifier une amitié vieille de 60 ans et mettre en danger Israël, toujours protégé jusque-là, pour satisfaire les demandes d’une minorité ? ».
« Oui, on appelle cela la “politique”, écrit le chroniqueur. Mais il y a une question qui devrait toujours passer au-dessus de la politique : la sécurité nationale. Le monde occidental dit qu’il soutient le gouvernement turc ; cependant, la Turquie est ceinturée par les problèmes arménien, grec et kurde. » Et Vural Cengiz de conclure, sur un ton très pessimiste : « Nous verrons combien de temps la République turque sera capable de respirer. »
Dans Zaman du même jour, Ömer Taspinar se demande quant à lui s’il y a une vie après la résolution arménienne. C’est d’ailleurs le titre de son article, sous forme de question. Lui aussi ironique, il fait observer que « comme s’il n’y avait pas assez de problèmes dans les relations turco-américaines, nous allons bientôt probablement être les témoins d’une nouvelle crise aux dimensions sans précédent ». « Tous mes interlocuteurs au Congrès, souligne Taspinar, sont d’accord pour dire : “ C’est l’année de la résolution sur le génocide arménien.” »
« Ce que les gens ont besoin de comprendre en Turquie, c’est que ce projet de loi relève purement et simplement de la politique intérieure américaine. Il a très peu à voir avec la dégradation des relations turco-américaines constatée ces dernières années. Oui, les amis traditionnels de la Turquie à Washington (…) – le lobby pro-israélien, le Pentagone et les marchands d’armes – ont été déçus par l’absence de soutien de la Turquie à la politique moyen-orientale de l’administration Bush. Mais la Turquie n’est certainement pas la seule dans ce cas. Le monde entier est fâché avec l’administration Bush. »
« Le vrai problème est ailleurs, écrit Taspinar. D’abord, il y a quelque chose qu’Ankara et l’ambassade de Turquie à Washington refusent obstinément de comprendre : la Turquie a déjà perdu la bataille du “génocide”. Il n’y a tout simplement personne – sauf les gens qui ont un intérêt financier ou politique – pour croire en la version turque de l’histoire. On ne discute même pas en Occident sur le fait de savoir si “les événements de 1915” sont un “génocide”. C’est l’une de ces situations où la perception des choses se transforme en réalité. La Turquie peut blâmer les abominables Arméniens et tous les lobbies anti-turcs, mais en supprimant tout débat libre sur cette question et en accusant les universitaires qui organisent des conférences, l’on n’aide pas ceux qui pensent qu’il faut “laisser l’histoire aux historiens”. »
Deuxième problème, selon Ömer Taspinar : la résolution arménienne arrive à un moment « où la situation politique aux Etats-Unis est très polarisée ». « Je n’ai jamais vu une telle haine entre des Démocrates et des Républicains, relève-t-il, pendant mes dix années passées à Washington. La présidente démocrate du Congrès Nancy Pelosi et George Bush se parlent à peine. Le climat n’est certainement pas aux faveurs. Dans le passé, sur le front du génocide, Ankara pouvait toujours compter sur le président pour passer un coup de fil au président de la Chambre des Représentants, afin de donner une touche “géostratégique” à la politique du pouvoir législatif. La guerre en Irak et le climat actuel de polarisation sur la scène politique américaine ont totalement modifié cette image. La politesse est passée par la fenêtre, et personne n’est d’humeur à accepter un compromis. »
« Ajoutons à cela le fait que le formidable lobby arménien dispose du nombre de voix nécessaires pour faire adopter la résolution, grâce en grande partie à une multitude de Représentants qui ne seraient probablement pas capables de montrer la Turquie sur une carte. De plus, Pelosi représente le corps électoral de la Californie, qui a régulièrement contribué à sa campagne durant toutes ces années. Après tout, c’est un jeu de “corruption légalisée”, dans lequel la communauté turco-américaine a des progrès à faire. »
« Il n’y a aucun doute, poursuit le chroniqueur de Zaman, que l’administration Bush sera dans une situation extrêmement difficile une fois que la résolution sera passée. » Seule petite lueur d’espoir, selon Ömer Taspinar, qui se projette déjà dans l’après-vote du Congrès : « Si la Turquie adopte un ton juste dans sa réponse, les relations entre Ankara et Washington pourront s’améliorer de façon inattendue après le vote de la résolution. A mon humble avis, la Turquie doit être mesurée dans sa réaction. Après tout, le projet de loi arménien est une résolution non contraignante, sans impact sur la politique américaine. »
« Oui, précise le chroniqueur, il deviendra selon toute vraisemblance politiquement impossible d’éviter une restriction partielle de l’utilisation de la base aérienne d’Incirlik (…), mais au lieu de mobiliser massivement les foules contre les Etats-Unis, la Turquie doit rapidement revenir à la table des négociations, pour évaluer dans quelle mesure Washington arrive à limiter les dégâts. »
« Après un épisode si désastreux dans les relations avec la Turquie, l’administration Bush pourrait se retrouver simplement dans l’impossibilité de repousser toute action concrète contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (le PKK). Après tout, vous avez besoin parfois de toucher le fond pour rebondir. Cela pourrait être un de ces exemples qui prouvent qu’il y a une vie après la mort. »



 
   
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