22-07-2006
Zoom sur la presse turque
|
 |
La Turquie se déploie tous azimuts au Proche-Orient.
L’embrasement du Proche-Orient touche aussi la Turquie, dont les ressortissants fuient actuellement le Liban. Selon l’ambassade de Turquie à Beyrouth, citée par le Turkish Daily News, près de 200 Turcs avaient déjà quitté le pays en début de semaine. Hommes d’affaires ou touristes, ils quittent le Liban à bord de voitures particulières ou de bus affrétés par l’ambassade de Turquie.
Le ministère turc des Affaires étrangères a conseillé à ses ressortissants de remettre à plus tard, en raison du conflit actuel, leur voyage prévu au Liban. Quant à l’ambassade de Turquie à Beyrouth, elle a indiqué que si le nombre de candidats au retour augmentait fortement, des liaisons ferry seraient établies pour l’évacuation des ressortissants turcs désireux de rentrer au pays.
La Turquie, qui se signale depuis des mois par sa volonté de médiation dans le conflit israélo-palestinien, a sévèrement critiqué Israël. « Si l’enlèvement commis en Palestine est une mauvaise action, y répondre par un usage disproportionné de la force est pire encore, a déclaré Recep Tayyip Erdogan. Rien ne peut justifier un déluge de bombes sur des civils innocents et la destruction impitoyable de villes. » M. Erdogan a accusé l’Occident de « garder le silence » sur le bain de sang au Proche-Orient, l’avertissant qu’il allait probablement « en payer la note » en subissant de plus en plus d’attaques terroristes.
Le Premier ministre turc a confirmé par ailleurs l’entrevue à Damas entre son conseiller en chef sur les questions internationales, Ahmet Davutoglu, et le dirigeant du Hamas en exil, Khaled Mashaal. Il a précisé dans un entretien accordé à la chaîne de télévision turque NTV que cette entrevue avait été organisée à la demande du président syrien Bachar El-Assad. Le conseiller de M. Erdogan a demandé au chef de l’Etat syrien d’user de son influence sur les Palestiniens afin de les convaincre de libérer le caporal israélien Gilad Shalit, enlevé le 25 juin dernier. Rappelons qu’un porte-parole de M. Erdogan, Akif Beki, avait démenti il y a deux semaines la rencontre Davutoglu-Mashaal.
La Turquie est décidément très active en ce moment sur le front proche-oriental. Turhan Çömez, un député de l’AKP, s’est rendu en mission la semaine dernière au Moyen-Orient, pour le compte du Premier ministre, auquel il a soumis ses conclusions dans un rapport.
Turhan Çömez y décrit notamment les difficultés du quotidien dans les territoires palestiniens, où l’on vit désormais « dans une prison à ciel ouvert ». Les Palestiniens « subissent le contrecoup des sanctions » et l’économie palestinienne « est au bord de la faillite », écrit le député turc, selon le Turkish Daily News. Rappelons en outre que le 10 juillet dernier, la Turquie s’était engagée à débloquer une aide d’1 million de dollars aux Palestiniens, en vue de contribuer au développement des institutions étatiques palestiniennes et à la formation de leurs cadres.
Turhan Çömez suggère que la Turquie pourrait jouer un rôle plus important dans la région, en assurant les entrées et les départs des blessés et d’autres civils, l’acheminement de l’aide à travers Gaza, le retour des médecins palestiniens enlevés et la libération des députés et ministres arrêtés.
Sur le plan politico-diplomatique, le député de l’AKP justifie pleinement le rôle de médiateur que la Turquie tente de faire valoir dans le conflit israélo-palestinien. D’un côté, dit-il, les Israéliens soulignent que la Turquie a un poids dans la région et devrait user de son influence auprès de la Syrie’ à propos du Hamas ; de l’autre, les Palestiniens font confiance à la Turquie, qu’ils voudraient voir exercer une pression sur Israël et les pays occidentaux pour créer une prise de conscience dans le monde sur la tragédie vécue par les Palestiniens.
Enfin, sur un plan plus général, Turhan Çömez pense que l’économie turque pourrait être fortement pénalisée si la crise régionale entraînait une augmentation des prix du pétrole, et que la Turquie en général pourrait payer les frais d’un embrasement terroriste consécutif au chaos instauré dans la région.
Pendant ce temps-là, les manifestations de protestation contre Israël se poursuivent en Turquie. Selon le Turkish Daily News, un groupe dénommé Plate-forme Socialiste des Opprimés a organisé un rassemblement vendredi 14 juillet devant le Consulat israélien à Istanbul. Les manifestants agitaient des banderoles exprimant leur solidarité avec les peuples palestinien et libanais, et demandant des comptes à Israël pour ses actions. A Izmir et à Antalya, également, certains ont prié pour les victimes de Palestine et du Liban, avant de scander des slogans hostiles à Israël et aux Etats-Unis. A Sanliurfa et à Diyarbekir, des manifestants ont exprimé leur solidarité avec le Hamas.
Dimanche 16 juillet, ce sont des centaines de milliers de manifestants, selon Yeni Safak, qui ont défilé dans les rues de Diyarbekir, à l’appel d’une formation islamiste, le Parti de la Félicité. Son leader, Recai Kutan, s’est adressé en ces termes à la foule : « Ce qui est fait actuellement a pour but d’éliminer un pays. Quand Hitler tuait des Juifs, c’étaient des Musulmans qui étreignaient les Juifs. C’était l’Empire ottoman qui sauvait les Juifs d’Espagne du génocide. Les Juifs répondent à notre bonté en massacrant les Musulmans. »
Dans la presse turque, on réagit vigoureusement à cette escalade de la violence. Pour Zaman, « il est clair que les régimes arabes ne sont pas sincères sur la question palestinienne. (…) Sincères ou pas, ce sont les seuls Iraniens qui ont placé ce problème au premier rang de leurs priorités. L’Iran tire grand profit de cette question ».
Le quotidien Yeni Safak, quant à lui, laisse éclater son indignation. « Hormis la honte, qu’est-ce que l’Etat d’Israël apporte aux Juifs avec les massacres qu’il est en train de perpétrer ?, s’interroge Salih Tuna. Est-ce de leur montrer les corps déchiquetés d’enfants palestiniens ? Est-ce le tableau que le peuple victime de l’Holocauste veut présenter à ses enfants ? ».
Mehmet Ali Birand, dans le Turkish Daily News, laisse apparaître une certaine perplexité. « Le problème palestinien est devenu un tel puzzle que les jeux des uns et les autres nous rendent les choses impossibles à comprendre. Les pro-arabes, les pro-israéliens, l’Iran, les Etats-Unis, l’Union européenne, la Chine et la Russie ont tous un intérêt stratégique à pousser à la violence, à un point où il est devenu impossible de dire qui a raison et qui a tort. (…) Personne n’œuvre à la recherche d’une solution. Chacun adopte une position en fonction de ses propres intérêts. (…) Tous les pays arabes parlent beaucoup mais ne font rien. L’Iran tente une démonstration de force et Israël essaie de toucher l’Iran pour le compte des Etats-Unis : entre les deux, la région souffre. N’essayez pas de vous demander “qui est dans son droit ?”. Contentez-vous de soutenir la partie pour laquelle votre cœur bat. Il n’y a aucun autre moyen de donner un sens à ce gâchis. Néanmoins, conclut l’éditorialiste, soyez conscients du fait que tout cela est lié indirectement au bras de fer entre l’Occident et l’Iran. »
Hrant Dink condamné, l’article 301 dénoncé.
La Cour Suprême de Turquie a confirmé la condamnation de Hrant Dink à six mois de prison avec sursis pour insulte à l’identité turque, suite à un article paru dans son journal Agos sur les Arméniens. Un verdict dénoncé par le Commissaire européen à l’Elargissement, Olli Rehn, qui s’est dit « déçu par ce jugement qui limite la liberté d’expression en Turquie ». Rappelant que de nombreux autres procès doivent avoir lieu sur le fondement de l’article 301, Olli Rehn a exhorté les autorités turques à modifier cet article et d’autres à la formulation assez floue, afin de « garantir la liberté d’expression en Turquie ». « En tout cas, a-t-il ajouté, la Commission européenne va revoir la situation d’ici octobre, à l’aune des critères politiques de Copenhague, dans le rapport sur les progrès réalisés par la Turquie en vue de son adhésion. »
Pour Ismet Berkan, du quotidien Radikal, Hrant Dink est la dernière victime en date de l’article 301. Le journaliste rappelle que lui-même et plusieurs de ses confrères ont été traduits en justice pour « dénigrement de l’identité turque », sur le fondement de l’article 301. Il compare ce dernier à l’article 159 de l’ancien Code pénal, et souligne une nuance entre les deux : alors que le 159 criminalisait les déclarations « insultant ouvertement » l’identité turque, le simple fait de la « dénigrer » est désormais passible, sur la base du 301, de sanctions pénales. En tout état de cause, Ismet Berkan plaide pour le retrait du Code pénal du délit d’insulte ou de dénigrement de l’identité turque. Et bien que le ministre de la Justice, Cemil Çiçek, assure que l’on trouve le même délit dans le Code pénal de nombreux pays en Europe, le journaliste se demande combien de gens ont été traduits dans ces pays devant des tribunaux pour ces chefs d’accusation, comparativement à la Turquie.
Mehmet Ali Birand, dans le Turkish Daily News, est quant à lui formel : « Nous n’allons pas pouvoir continuer comme ça avec cet article 301 du Code pénal. Le jour où il est devenu une loi, la plupart savaient quelles sortes de problèmes il allait créer. » Le chroniqueur rappelle que l’Union européenne attendait de voir comment l’article allait être appliqué, tout dépendant alors de la manière dont l’appareil judiciaire allait appréhender la question.
« Et nous avons tous été déçus », écrit Birand, qui reproche à cet article 301 d’être « très vague », de « ne pas établir de frontière claire entre critique et insulte ». Du coup, les procureurs et les juges peuvent l’interpréter de manière très différente. « Nous devrions tous être prêts à entendre de sévères critiques de l’Union européenne contre l’article 301, dans son rapport sur les progrès de la Turquie, qui sera publié en octobre. Nous aurons beau le défendre, nous devrons le modifier tôt ou tard. Il n’y a pas d’autre issue. »
Conseil d’Etat : le dossier d’instruction bouclé.
Où l’on reparle de la tuerie du Conseil d’Etat, qui avait fait un mort et quatre blessés, le 17 mai dernier, au sein de la plus haute juridiction de Turquie, et fortement secoué un pays véritablement en état de choc.
Actuellement incarcéré à la prison de Sincan, à Ankara, Alparslan Arslan, le jeune avocat de 29 ans auteur de l’attentat, craindrait pour sa vie. C’est en tout cas ce qu’on peut lire dans un article de Yeni Safak, qui décrit la vie en prison d’Alparslan Arslan. Selon le quotidien, le jeune avocat islamiste se sentirait menacé par ses complices de l’attentat du Conseil d’Etat, qui le suspecteraient d’avoir livré des informations sur les préparatifs de l’attaque.
Arslan a été placé tout seul dans une cellule, et reste sous contrôle psychiatrique pour paranoïa et peur de la mort. Selon le journal, Arslan demande au gardien de prison de goûter ses plats au préalable, par peur d’être victime d’un empoisonnement. Arslan a refusé de s’exprimer pendant les 40 premiers jours qui ont suivi l’attaque, avant de livrer un témoignage qui a abouti à l’arrestation de cinq individus et qui a permis d’orienter l’enquête dans une nouvelle direction. Pour Yeni Safak, Arslan aurait témoigné pour se protéger et tenter d’intimider ceux qui ont tiré les ficelles de l’attentat en coulisses.
Pendant ce temps-là, des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises pour protéger Arslan. Par exemple, les détenus de la prison de Sincan n’ont pas le droit de se rendre à l’extérieur du bâtiment durant l’heure que Arslan consacre à ses exercices physiques en plein air.
Pendant ce temps-là, révèle Cumhuriyet, le procureur en charge de l’affaire a bouclé l’instruction du dossier. Il accuse les prévenus « d’avoir créé un groupe terroriste dans le but de défendre le port du voile par l’usage de la violence et de mener l’assaut contre le Conseil d’Etat », mais aussi d’avoir attaqué le bureau d’Istanbul du journal Cumhuriyet après la publication par ce dernier d’une caricature montrant un cochon portant le voile.
Neuf personnes au total sont accusées d’avoir pris part à cet attentat. Alparslan Arslan, un prédicateur islamiste du nom de Salih Kunter et un avocat ami d’Arslan, Süleyman Esen, tous trois accusés d’avoir formé et mené une organisation criminelle, risquent la prison à vie. Osman Yildirim, Ismaïl Sagir, Tekin Irsi et Erhan Timuroglu (celui qui avait révélé que les Arméniens d’Istanbul devaient aussi être pris pour cible) sont accusés pour leur part d’appartenance à un gang. Enfin, Ayhan Parlak et Aykut Metin Sükre sont poursuivis pour complicité.
Le procureur d’Ankara Semsettin Özcan a requis notamment la prison à vie pour Arslan, Kunter et Esen. Néanmoins, le nom de Muzaffer Tekin, qui avait été désigné comme le très probable commanditaire de cet attentat, ainsi que ceux d’autres anciens militaires impliqués dans l’affaire, ont curieusement disparu du dossier d’instruction.
EN BREF…
- Le Patriarche des Arméniens de Turquie, Mesrob II, s’est rendu lundi 17 juillet à Van, pour visiter l’église arménienne d’Aghtamar qui est actuellement restaurée. Accompagné par l’architecte Zakarya Mildanoglu, il a été reçu par Cahit Zeydanli, le propriétaire de la société chargée des travaux de restauration. Ce dernier a indiqué qu’après la pose des fenêtres, le travail à l’intérieur de l’église sera terminé. « L’église d’Aghtamar est une construction unique, a-t-il dit selon le Turkish Daily News, dont la renommée s’étend dans le monde entier. » De son côté, le Patriarche des Arméniens de Turquie a souligné qu’il s’agissait là de son troisième voyage à Van. « J’avais vu l’église d’Aghtamar auparavant, a-t-il déclaré. Cependant, c’est la première fois que je vais la voir après sa restauration. Cette restauration est un développement très important. Je dirai ce que j’en pense après l’avoir vu de mes propres yeux. » Selon le quotidien turc, les travaux devraient s’achever d’ici à la fin juillet, et l’église devrait rouvrir ses portes en septembre prochain.
- Durant sa visite officielle en Russie, le président du Parlement turc Bülent Arinç s’est rendu sur la tombe du poète turc Nazim Hikmet, au cimetière moscovite de Novodeviche. Selon Yeni Safak, Bülent Arinç a déclaré qu’il faudrait réhabiliter la citoyenneté turque du poète, dont celui-ci a été déchu sur décision gouvernementale en 1951. « L’imposante pierre tombale de Nazim Hikmet reçoit la visite de nombreuses personnes venant du monde entier », a souligné le président du Parlement turc. Bülent Arinç a ajouté qu’il s’était toujours opposé à l’idéologie défendue par Nazim Hikmet, poète d’inspiration communiste. « Cependant, a-t-il dit, Nazim Hikmet est un poète turc internationalement reconnu. » Après avoir lu le poème “Dernière Volonté et Testament” de Nazim Hikmet, le président du Parlement turc a rappelé que la dernière volonté du poète avait été d’être enterré sous un arbre dans un village d’Anatolie. « Je veux sincèrement que sa dernière volonté soit exaucée », a déclaré Bülent Arinç. Fin juin dernier, la Commission des Affaires intérieures du Parlement turc avait rejeté la proposition des députés du parti d’opposition CHP, qui avaient réclamé la réhabilitation de la citoyenneté turque de Nazim Hikmet.
Varoujan Mardikian
|
| |
|
|
 |
|
| |
Les Brêves |
| |
Edition 2010 du Festival l’Abricot d’Or.
L’édition 2010 du Festival l’Abricot d’Or aura une invité de marque et de charme en la personne de Claudia Cardinale : l’actrice sera à l’honneur à Erevan pour le film Mayrig d’Henri Verneuil, au programme de cette 7ème édition du festival du cinéma, ainsi que Peur sur la Ville, Des gens sans importance ou encore l’inénarable La vache et le prisonnier. Une rétrospective partielle de l’œuvre d’Henri Verneuil à l’occasion du 90ème anniversaire de sa naissance.
lire plus
Hay Tad.
Une conférence consacrée à la Cause Arménienne s’est tenue ce week end en Arménie et au Karabagh.
lire plus
Les prisons arméniennes !
Un policier placé en détention.
lire plus
Energie.
le président Sarkissian a inauguré hier une nouvelle centrale thermique combinant gaz et vapeur.
lire plus
Les soldats arméniens en poste en Afghanistan ont été pris dans une attaque de Taliban.
Le directeur du Bureau de l’OSCE en charge des Institutions démocratiques et des droits de l’Homme est attendu demain à Erevan.
lire plus
Attentat de Moscou.
Alors que le bilan des victimes de l’attentat dans le métro de Moscou.
lire plus
Attentats de Moscou.
Deux Arméniens figurent parmi les victimes du double attentat suicide de Moscou qui a fait hier au moins 38 morts.
Ces attentats, les plus meurtrier depuis 2004 ont également fait des dizaines de blessés, parmi lesquels se trouvent là aussi deux Arméniens.
lire plus
Le Premier ministre polonais sera demain à Erevan.
dernière étape d’une tournée dans le Sud Caucase entamée hier à Bakou.
A l’occasion de cette visite, le chef du gouvernement polonais devrait signer avec son homologue arménien un accord de coopération économique.
lire plus
Artsakh.
L'Artsakh était au programme de l’émission rendez vous avec X sur France Inter samedi dernier :
lire plus
Foot.
L’Equipe de Foot d’Arménie a depuis vendredi un nouveau sélectionneur.
lire plus
Plus de brêves
|
| |
RECHERCHER DES ARTICLES SUR NOTRE SITE |
| |
|
|